Suisse et déveleppement durable - 360impact.ch

La Suisse et les ODD: vraiment un bon élève?

La Suisse se classe au 7ème rang de l'indice SDG. Cependant, il nous reste des défis importants à relever, pour nous et pour la planète. Voici notre analyse et nos recommandations.

L’ambition de cet article est d’une part de donner une vue d’ensemble, d’autre part de servir de portail vers les références clés.

Le premier rapport d'avancement présenté à l'ONU

Juillet 2018 marque un premier jalon important pour la Suisse: dans le cadre du High Level Political Forum de l’ONU, elle a été appelée à présenter son premier rapport d’avancement sur la mise en œuvre des Objectifs de développement durable ODD (ou SDGs). Intégrant les dimensions sociales, environnementales et économiques, les ODD sont une liste de 17 tâches pour transformer le monde d’ici 2030. Cet Agenda 2030 a été négocié et approuvé par 193 pays en 2015.

La Confédération a préparé ce rapport sur deux ans. Elle l’a fait en consultation avec de nombreuses parties prenantes, notamment les cantons et communes, les organisations non gouvernementales, les partis politiques, le secteur privé, les milieux académiques et la société civile (dont nous étions). Ce processus consultatif a abouti à un rapport complet et différencié de 89 pages.

S’en suit un coup de théâtre. Le Conseiller fédéral Ignazio Cassis décide de publier une version allégée du rapport (28 pages). Il juge la version originale trop longue et trop critique (voir à ce sujet l’article de la Tribune de Genève et l’interview de l’Ambassadeur Michael Gerber sur la RTS).

Cette démarche a amené la Plateforme Agenda 2030, représentant la société civile, à publier son propre rapport, plus incisif, 2 semaines plus tard seulement.

Finalement, la Confédération a publié la version complète du rapport de 89 pages début juillet.

La Conseillère fédérale Doris Leuthard à l’ONU et une analyse du téléjournal suisse sur le sujet (19:30, 18 juillet 2018).

Quelle est la performance réelle de la Suisse en termes d'ODD?

Les rapports ODD produits en Suisse restent très touffus et n’offrent pas de présentations synthétiques et accessibles . De plus, la Confédération ne publie que l’évolution des indicateurs, basés sur le système Monet de l’Office fédéral de la statistique, sans leur valeur effective. Tant la tendance que la valeur de l’indicateur sont nécessaires pour une interprétation valable. Prenons par exemple, la proportion de jeunes ni en emploi ni en formation qui augmente en Suisse (tendance négative), mais reste faible (8.7%) en comparaison avec d’autres pays (élément positif).

C’est pour cela que nous préférons nous référer au SDG index de la Fondation Bertelsmann, qui publie chaque année un rapport global.

Selon cet index, la Suisse se classe 7ème sur 156 pays, ce qui est un beau résultat (Source: Dashboard SDGindex.org). A noter, qu’au delà des habituels pays nordiques, la France et l’Allemagne nous devancent également.

swiss-ranking-sdg-index-2018
Ranking SDG index 2018

Néanmoins, lorsque l’on regarde la performance de la Suisse de manière plus différenciée, l’on constate les chantiers suivants (basé sur la valeur de l’indicateur et non son évolution):

  • Inégalités entre les sexes conséquentes ODD5 et nombre de femmes dans les métiers scientifiques insuffisant ODD9
  • Inégalités de revenus en augmentation ODD10
  • Consommation et production insuffisamment responsables ODD12
  • Production de CO2 trop importante ODD13
  • Biodiversité en Suisse et à l’étranger affectée ODD15
  • Finances manquant de transparence ODD17

En résumé, ce sont avant tout les inégalités et les dégâts que notre comportement occasionne à l’étranger qui affecte notre résultat.

Sur la base du SDG Index, nous avons préparé l’infographie ci-dessous (les deux points gris indiquent que l’évolution de l’indicateur ne peut être évaluée à ce stade),

sdg-Index-2018-Switzerland-360impact.ch
SDG Index 2018 - Performance de la Suisse

et extrait les deux pages détaillées.

La Suisse performe-t-elle au mieux de son potentiel?

La Business School Lausanne et l’Université de St-Gall ont développé l’outil Gap Frame. Il s’agit d’un cadre normatif qui traduit les ODD en mesures pertinentes pour chaque pays, soulignant l’écart entre notre situation actuelle et celle dont nous avons besoin pour que nous puissions tous bien vivre sur une seule planète.

 

GapFrame-Switzerland-2017
Gap Frame - Résultats de la Suisse 2017

En clair, Gap Frame montre notre potentiel au vu de nos compétences et notre capacité intrinsèques.

Dans ce cadre de référence, la Suisse ne figure qu’au 16ème rang, notamment à cause de son impact négatif sur la planète: aujourd’hui, la population suisse ne vit pas dans les limites écologiques de la planète, dans le respect de la capacité régénératrice de la Terre!

Le dessin de Chapatte dans Le Temps illustre bien la relation ambiguë des suisses avec le développement durable.

En conclusion

C’est maintenant que nous devons regarder la réalité en face: nous ne pouvons continuer à consommer l’équivalent de plus de 3 planètes.

Dans notre pays, tout est propre en ordre: nous ne voyons pas les dégâts que nous occasionnons, qui affectent cependant des personnes ailleurs.

La réalité est complexe, et à quoi ressemblera notre avenir l’est encore davantage. C’est pour cela que nous croyons à une combinaison de plusieurs mesures, dont:

  • L’intégration du développement durable dans les modèles d’affaires, le fonctionnement des organisations et les comportements des individus (voir outils de développement durable).
  • L’utilisation de l’intelligence collective pour développer de solutions innovantes qui amènent du progrès (parties prenantes: entreprises, universités, service public, société civile).
  • L’augmentation des investissements publics et privés avec un retour sociétal positif (voir outils d’investissement social).
  • La prise en compte, l’internalisation des effets négatifs sur le développement durable dans les prix des produits et services (par exemple via des contrats intelligents pilotés par la blockchain).
  • La mesure de l’impact selon des standards reconnus, tant pour les États, les organisations publiques et privées que pour les individus (voir outils de mesure d’impact).
  • La publication transparente des résultats dans un format accessible au plus grand nombre.
  • Une information à toutes les parties prenantes et l’apprentissage de nouveaux comportements, via la formation et le marketing social.
  • Des mesures d’encouragement (exemple: standards Minergie pour les habitations) et intégration renforcée de la dimension développement durable dans les textes de loi.

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