Impact financier positif du développement durable - 360impact.ch

Le développement durable a-t-il un impact financier positif?

Les dirigeants restent souvent réticents à placer le développement durable au cœur de leur stratégie, croyant à tort que les coûts l’emportent sur les bénéfices. Cependant, la recherche académique et les cas pratiques indiquent le contraire.

Nous avons choisi des cas concrets et une réflexion logique pour montrer que le développement durable a un impact financier positif, qu’il est bon pour le business.

Dans la vraie vie, des activités en plein accord avec le développement durable est une ambition, et donc aussi un chemin, avec ses succès et ses échecs. Ce qui est certain est qu’au final, le bénéfice pour les personnes, la planète et les organisations sera bien réel.

Regardons d’abord comment des entreprises internationales et suisses ont intégré la durabilité dans leur stratégie. Puis, nous examinerons quels sont les éléments concrets et intangibles qui impactent le résultat financier. Finalement, nous constaterons que les actifs intangibles sont les facteurs déterminants pour la valorisation d’une entreprise aujourd’hui.

1. Unilever bénéficie déjà financièrement de l'intégration de la durabilité dans son modèle d'affaires

A. Au départ, l'ambition d'un homme

Dès sa prise de poste en tant que CEO d’Unilever en 2009, Paul Polman a supprimé les prévisions de résultats financiers des rapports trimestriels. Cela signifiait que le géant britannique et néerlandais des biens de consommation ne fournirait plus à ses investisseurs de prévisions financières.

En même temps, Polman, précédemment chez Nestlé, a annoncé le « Plan pour un mode de vie durable« . Ce Sustainable Living Plan contenait des objectifs très ambitieux d’ici 2020 (déplacés par la suite à 2030, comme pour les ODD):

  • doubler les ventes,
  • réduire de moitié l’empreinte environnementale d’Unilever,
  • aider un milliard de personnes à améliorer leur santé et leur bien-être, et
  • améliorer les moyens d’existence de centaines de milliers d’employés (ensuite étendus à des millions de personnes dans la chaîne d’approvisionnement élargie).

Voici comment Unilever veut créer de la valeur dans ce contexte:

B. Les résultats sociétaux et financiers d'Unilever à ce jour

Il n’est pas surprenant de constater que cette immense ambition s’avère difficile à mettre en œuvre. Néanmoins, Unilever fait preuve de transparence quant à ses progrès, en publiant un bulletin annuel, dont voici le plus récent.

C’est en particulier, une augmentation de 9 % de l’impact des gaz à effet de serre par utilisation client de la ligne cosmétique qui empêche Unilever de diviser par deux l’impact négatif de ses produits.

Cependant Unilever affiche également des réalisations impressionnantes: elle a réussi à se rapprocher de l’objectif de santé et d’hygiène de 60%. Celui-ci a été atteint grâce à une campagne de lavage des mains au savon Lifebuoy, et à une réduction de l’empreinte environnementale de ses propres opérations. Ces dernières ont permis une réduction de -47% de CO2 et de -98% de déchets par tonne en usine, ainsi qu’un approvisionnement durable pour 56% de toutes ses matières premières agricoles.

De plus, la nouvelle stratégie a permis à Unilever de déclencher 1.7 million de postulations en 2017. Ce volume et d’autres facteurs l’on conduit à introduire un processus de recrutement innovant basé sur l’intelligence artificielle.

Polman est également loin de son objectif de doubler les ventes, mais elles ont grimpé de +33%, qui atteignent € 54 milliards en 2017. Tandis que la capitalisation boursière est passée de 47 milliards d’euros à 128 milliards d’euros, le cours de l’action a augmenté de 172% et le rendement pour les actionnaires, dividendes compris, est en hausse de +274% depuis que Polman a pris la tête d’Unilever en 2009. L’impact financier positif de la stratégie mise en place par Unilever est donc évident.

Sources: Ethical Corp et Unilever

2. Les entreprises suisses ont aussi compris le bénéfice financier du développement durable

Parmi de nombreuses entreprises, l’on peut citer l’entreprise familiale Firmenich qui a intégré depuis plus d’une génération le développement durable dans sa stratégie avec succès. L’entreprise genevoise, leader mondial de la parfumerie fine,  a présenté en octobre 2017 un chiffre d’affaires en progression de 4,4% à 3,34 milliards de francs. Firmenich a aussi un autre pari sur l’avenir avec déjà un impact financier prometteur avec la décision stratégique que depuis 2010, toutes les nouvelles molécules développées doivent être biodégradables.

Une autre entreprise familiale de tradition, Caran d’Ache, utilise non seulement du bois FSC, issu d’exploitations forestières durables, mais elle a aussi lancé depuis peu une ligne Swiss Wood (voir vidéo). Cette démarche est en cohérence avec son approche durabilité intégrative. Par exemple, Caran d’Ache utilise des vernis sans solvants, se chauffe avec les copeaux de bois résiduels, a construit sa propre station d’épuration et produit de l’énergie solaire.

Ou aussi l’entreprise lausannoise Vestergaard a même construit son modèle d’affaires pour servir les clients à faible revenus dans les pays du sud. Et finalement, la Migros, le commerce de détail le plus durable au monde, soutient également de nombreuses initiatives dans le domaine, comme par exemple Collaboratio Helvetica, un facilitateur de dialogue autour de la durabilité.

A ce jour, plus de 150 entreprises suisses sont membres du UN Global Compact et s’engagent donc faire état publiquement de leur avancement en termes de développement durable. En 2016, 162 sociétés suisses ont par ailleurs publié un rapport de responsabilité sociale d’entreprise ou CSR sur la plateforme de la Global Reporting Initiative.

3. Intégrer la durabilité dans la stratégie est rentable, aussi au niveau financier

Les dirigeants actuels font face à un écosystème complexe et sans précédent de tendances sociales, environnementales, commerciales et technologiques. Celles-ci exigent une gestion sophistiquée, basée sur la durabilité. Les cadres restent pourtant souvent réticents à placer le développement durable au cœur de leur stratégie commerciale, croyant à tort que les coûts l’emportent sur les bénéfices. Cependant, la recherche académique et l’expérience du monde des affaires indiquent le contraire.

Au vu de la complexité du monde actuel, une grande partie de la valeur stratégique de la durabilité vient donc de la nécessité de discuter continuellement avec les parties prenantes dans une posture d’apprenant. Ce dialogue régulier place les entreprises dans une position préférentielle pour anticiper et réagir aux changements économiques, sociaux, environnementaux et réglementaires.

Dans un article de référence « The Comprehensive Business Case for Sustainability« , la Harvard Business Review structure son argumentaire en faveur d’un impact financier positif du développement durable autour de quatre dimensions:

A. Un moteur pour l'innovation et la croissance

Investir dans la durabilité n’est pas seulement un outil de gestion des risques, mais aussi un moteur de l’innovation. En effet, le redesign des produits pour répondre aux normes environnementales ou aux besoins sociaux ouvre de nouveaux marchés.
Par exemple, Nike a intégré le développement durable dans son processus d’innovation. Elle a créé la ligne Flyknit valant plus de 1 milliard de dollars en 2015. Cette ligne de chaussures est produite grâce à un système de fils spécialisés, nécessitant un minimum de main-d’œuvre et générant des marges bénéficiaires importantes. De plus, Flyknit permet de réduire les déchets de 80% par rapport aux chaussures cousues et est passé du fil au polyester recyclé. D’autres marques telles qu’Adidas ont suivi: celle-ci espère quintupler les ventes de la ligne Parley entre 2017 et 2018.

B. Des outils pour améliorer la performance financière

En plus des avantages financiers liés à une meilleure position concurrentielle, les entreprises réalisent d’importantes économies de grâce à une efficacité opérationnelle accrue dû à un meilleur respect de l’environnement. De plus, les investisseurs peuvent désormais suivre le rendement des facteurs ESG (facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance) et corréler une meilleure performance financière avec une meilleure performance ESG.

C. Une meilleure appréciation et mitigation des risques

Les chaînes d’approvisionnement sont aujourd’hui globales et vulnérables aux catastrophes naturelles et aux conflits. Le changement climatique, la rareté de l’eau et les mauvaises conditions de travail dans une grande partie du monde augmentent le risque. McKinsey rapporte que la valeur des enjeux durabilité peut atteindre 70 % du bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement.

D. Un impact déterminant sur les actifs intangibles

La relation client

Les entreprises sont sceptiques quant à l’intérêt des consommateurs pour les produits durables – en particulier en ce qui concerne la volonté de payer.  Une partie de ce scepticisme est auto-infligé: les entreprises ont eu tôt fait d’augmenter considérablement le prix des produits « durables » avec, dans certains cas, une qualité inférieure (par exemple, des produits de nettoyage naturels à prix élevé qui n’ont pas fonctionné).

Cependant, l’esprit des consommateurs est en train de changer. Les consommateurs d’aujourd’hui s’attendent à plus de transparence, d’honnêteté et d’impact tangible de la part des entreprises. Ils veulent pouvoir choisir parmi une gamme de produits durables, à des prix compétitifs et de bonne qualité.

La relation collaborateur

Les initiatives de durabilité de l’entreprise visant à améliorer la performance ESG et à prouver la valeur à la société peuvent augmenter la loyauté, l’efficacité et la productivité des collaborateurs et améliorer les statistiques des RH liées au recrutement, au maintien en poste et à la motivation.

La recherche révèle qu’aujourd’hui les collaborateurs accordent plus d’importance à la mission de l’entreprise, le but et l’équilibre travail-vie personnelle. C’est pourquoi les entreprises qui investissent dans des initiatives de développement durable tendent à mieux répondre à ces besoins. De plus, ces entreprises traitent les employés comme des parties prenantes essentielles, tout aussi importantes que les actionnaires. Par conséquent, les employés sont fiers d’y travailler et se sentent partie prenante d’un effort plus large.

Synthèse des effets des quatre dimensions sur le résultat financier d'entreprise

En plus

Revenus

Augmenter le chiffre d’affaires

  • Innovation produits/services
  • Parts de marché augmentées
  • Prix de vente plus élevés

Intangibles

S’assurer des revenus futurs

  • Différentiation de produits/services
  • Loyauté client augmentée
  • Attrait et rétention de talents

En moins

Coûts

Dépenser moins

  • Eco-efficience renforcée
  • Efficience des actifs augmentée
  • Frais d’assurances en baisse

Risques

Des revenus plus fiables

  • Fiabilité de la supply chain augmentée
  • Volatilité des prix d’achat diminuée 
  • Continuité et résilience augmentée

Plus certain

Moins certain

4. L'impact des actifs intangibles sur la valorisation d'entreprise

Jusqu’à présent, la valeur et les perspectives de développement d’une entreprise se basaient principalement sur le capital de production, le capital financier et, dans une moindre mesure, sur le capital intellectuel. Aujourd’hui,  les actifs intangibles représentent un élément critique dans la valorisation boursière, comme le montre l’étude de référence d’Ocean Tomo:

De plus, les résultats d’une étude de Harvard (2015) montrent que les investissements dans des enjeux clés de durabilité, donc matériels, peuvent accroître la valeur pour les actionnaires. D’autre part, les investissements dans des questions immatérielles de durabilité ont peu d’effets positifs ou négatifs, voire aucun, sur la valeur.

En d’autres mots, il est essentiel de déterminer d’abord quels sont les dimensions durabilité pertinentes pour votre entreprise. Le terme technique pour cette démarche est la détermination de la matérialité des enjeux. Il s’agit donc d’identifier quelles dimensions sont impactées par l’activité de votre entreprise (voir outils de développement durable).

Les facteurs intangibles nécessitent des méthodes de mesure différentes de celles utilisés pour les facteurs tangibles: il s’agit ici de mesurer l’impact d’une activité donnée, et ce dans le cadre d’un processus structuré (voir outils de mesure d’impact).

5. Conclusion

L’ambition de cet article est de démontrer tant par des cas pratiques que par le raisonnement logique et la recherche appliquée que l’intégration du développement durable dans le modèle d’affaires d’une entreprise a un impact financier positif.

Nous sommes confiantes que bientôt toutes les entreprises, y compris les PME, feront ce pas, de même que les autres acteurs, tels que le secteur public, les organisations à but non lucratifs et le citoyen.

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